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Richard Bonetto
Richard Bonetto a oeuvré et milité en milieu populaire pendant une vingtaine d'années. Il est présentement pasteur de l'Église Presbytérienne St-Luc et il fait partie de l'équipe de l’émission radiophonique les Chemins protestants.
Il y a tout juste quelques semaines, je participais à ma première célébration œcuménique en tant que pasteur. C’était à l’Oratoire St-Joseph et le thème annonçait la convivialité : Retrouvailles Œcuméniques.La célébration était bien rodée. La musique exquise, la prédication du camarade Fines, sympathique. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que j’étais le seul presbytérien parmi une poignée de pasteurs de l’Église Unie, deux trois uniates (grecs catholiques), un ou deux coptes, quelques Romains dont un évêque auxiliaire et le vicaire général (par ailleurs ami Facebook), et deux ou trois «évangéliques». Les anglicans? Occupés ailleurs!
Un ami me faisait le commentaire qu’il trouvait ces célébrations annuelles un peu pastiche, genre de détour obligé où chacun affichant un sourire forcé (comme s’ils s’étaient brossés les dents avec du citron) semble dire : «On s’aime là!»
Je me souviens, dans une autre vie, autour de la table pastorale du Centre-Sud, réunie autour de son vicaire épiscopal, un bon Père me faisait le commentaire : «L’œcuménisme… à part une célébration, une fois l’an, pour se donner bonne conscience, tu sais ben qu’on se sacre ben les uns des autres!» Ma réponse spontanée a été : «Parle pour toi!» De fait, déjà j’en étais au tu et au toi avec deux pasteures, une de l’Église Unie et l’autre anglicane, et on collaborait sur une base régulière.
L’œcuménisme c’est une expérience de tous les jours. On collabore, on se visite, on s’appelle et on déjeune. Au séminaire des étudiants de trois dénominations (minimum) se côtoyaient quotidiennement, célébraient ensemble régulièrement et gardent contact encore aujourd’hui même si on est disséminés un peu partout au pays.
L’œcuménisme c’est aussi quand on ouvre ses horizons vers l’universel, pour découvrir la tradition de l’autre. Au Canada anglais combien de gens ont redécouvert des pratiques et disciplines spirituelles longtemps bannies des milieux protestants : Méditation Chrétienne, Lectio Divina, prière monastique. Et d’un autre côté, l’œcuménisme, c’est quand bon nombre de catholiques romains peuvent en remontrer aux protestants côté connaissance biblique.
L’œcuménisme c’est quand, le jour de mon ordination, trois ou quatre prêtres catholiques présents se sont avancés pour m’imposer les mains avec les autres pasteurs présents.
L’œcuménisme c’est, quand une paroissienne vient m’annoncer qu’elle a trouvé sa voie dans le Catholicisme romain, et que je lui réponds: " je partage tes conclusions et je sais que tu y seras heureuse…Viens quand même nous voir, des fois!"
Si parfois l’œcuménisme c’est un travail de dialogue théologique incontournable, c’est un travail pour des objectifs communs de justice, de paix et d’intégrité de la création, un travail essentiel, c’est d’abord un état d’esprit et une affaire de liens tissés au fil des jours…
Faut-il en finir avec les gros powows annuels pour autant? Ma réponse c’est non. Lors des Retrouvailles Chrétiennes Il y avait du monde. Beaucoup de gens, tous des baptisés, qui étaient réunis dans la nef, ravis d’être là. C’est peut-être un lieu plus formel pour donner de la visibilité à des liens déjà profonds… Peut-être que la prochaine étape serait d’ajouter des agapes après la célébration, dans la salle Bessette, pour permettre aux liens de se tisser…?
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