Éditorialistes
René Pageau

René Pageau

La fragilité de Dieu

Religieux, prêtre et poète, René Pageau a exercé son ministère en milieu scolaire et paroissial, et il a assumé des responsabilités dans sa congrégation (Les Clercs de Saint-Viateur) au Canada et en Haïti. Il a publié plusieurs ouvrages en littérature, en art et en spiritualité.

 

Dieu si fragile, si  vulnérable en cet enfant de Bethléem. Dieu qui soumet son amour infini à l’amour humain pour se révéler, pour naître en moi. Dieu fort et fragile comme l’amour, Dieu confié, donné, remis à mon amour pour se dire, pour se révéler.

Dieu déposé, couché, abandonné à mon amour encore et toujours trop fragile pour continuer aujourd’hui dans mon milieu son incarnation, pour révéler son visage défiguré et l’amour de son cœur transpercé. Dieu oublié, ignoré, trahi dans nos vies, assujetti à nos humeurs, à nos angoisses, à nos doutes, à nos interrogations.

Dieu que j’attends depuis toujours pour apprendre que c’est lui qui m’attend, c’est lui qui m’invite, c’est lui qui frappe  à la porte de mon cœur et attend que j’ouvre pour entrer. Dieu défiguré, remis à sa Mère, dépendu de la croix; un Dieu mort, un Dieu à mon service, un Dieu  qui veut ressusciter en moi, un Dieu qui m’invite,  me sollicite, m’appelle à la vie éternelle.

Dieu nié, rejeté condamné, désarmé, réduit  à un mythe, à une fable, à une histoire inventée qui fait rêver, un Dieu serviteur qu’on laisse tomber à la moindre épreuve, à la moindre contrariété, un Dieu qui subit nos révoltes, que l’on défigure, dont l’amour est incompris.

Ô belle et grande fragilité de la mort de ce Dieu cloué à la croix pour me donner la vie que je refuse! Cette histoire se continue depuis l’annonce de L’Ange jusqu’à la naissance à Bethléem, jusqu’à la croix.

Sous l’humble signe du pain et du vin par amour, pour la joie de se donner, pour me servir, pour mon salut... Un Dieu donnée qui quémande mes services, qui fait appel à mon amour, à ma fidélité, pour annoncer que, dans la mangeoire, il est quotidiennement donné au monde.

Vivre l’Avent, attendre sa venue, célébrer son avènement annuellement, c’est lui ouvrir mon cœur pour qu’il naisse en moi au jour le jour, c’est préparer mon cœur pour qu’il me trouve en habit de service, la lampe allumée, prêt à célébrer son second avènement, son retour. Le Seigneur s’est fait pauvre pour que, dans sa pauvreté, dans sa souffrance, dans son abaissement, il soit notre richesse, notre force, notre salut,  à  la mesure de la crèche, à la mesure de la croix, à la mesure de l’autel.

Accepte que ton cœur soit le « berceau  de Dieu ». Si Dieu n’est pas pour toi, en Jésus, l’éternelle respiration de l’amour, l’inépuisable source de la liberté, il n’est pas le centre de ta destinée.

 

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