Comme pour de nombreuses célébrités canadiennes, il aura fallu la renommée aux États-Unis avant de retourner au Canada pour y être accueillies. Je fais allusion ici au mouvement Occupons Wall Street qui a vu le jour à Vancouver à l’initiative du magazine Adbusters.
Alors que le mouvement prend de l’ampleur aux États-Unis et dans le monde et retourne enfin « à la maison » dans les villes canadiennes, des membres de l’Église Unie s’impliquent dans les manifestations, visitent les sites occupés et apportent leur soutien matériel et spirituel.
Une dimension importante du mouvement d’occupation est la collaboration interreligieuse, avec ses « aumôniers protestataires » qui offrent des soins pastoraux aux indignés sur les lieux même des manifestations. Je termine à peine un appel téléphonique avec Alexa Gilmour, pasteure de la Windermere United Church à Toronto. Elle fait partie des personnes qui offrent des soins pastoraux aux manifestants regroupés au St. James Park où environ 200 personnes ont érigé un campement. Je rends grâce qu’Alexa ressente le soutien des membres de sa paroisse et de sa modératrice pour se rendre disponible non seulement aux manifestants mais aussi bien aux autres, comme le personnel de sécurité et les policiers. « Nous sommes une communauté à 100% » m’a-t-elle déclaré. Et comme l’exprime Parker Palmer, un des « réflexes de notre cœur » c’est de comprendre que nous sommes tous ensemble dans un même bateau.
Ces gestes d’indignation ont de profondes racines dans la tradition de l’Église Unie; déjà en 1934, au beau milieu de la dépression, l’Église appelait ses membres et pasteurs « à étudier et comprendre l’ordre social actuel… afin d’éveiller la conscience chrétienne lorsque les injustices et les conditions de vie inacceptables sont décelées. » Le rapport de 2006 Vivre avec foi au sein de l’Empire * [Living Faithfully in the Midst of Empire] identifie les inégalités, au niveau national et mondial, qui mettent en péril l’existence elle-même. De fait 10% des adultes les plus riches de la planète possèdent 85% des biens domestiques disponibles. Une telle inégalité est un défi lancé à la foi que nous professons en tant que disciples de Jésus.
Le mouvement d’occupation a suscité de vives réactions. Le New York Times a qualifié la réaction offusquée à l’égard des manifestations pacifiques « d’étonnamment hystérique » [remarkably hysterical].
On a beaucoup critiqué le manque d’objectifs cohérents de ce « mouvement de résistance sans leader constitué de personnes de toutes couleurs, genres et convictions politiques ». À quoi s’oppose-t-il? Où s’en va-t-il?
Pour ma part, je vois dans ce mouvement à la fois une recherche et une déclaration d’espoir, portées par des gens qui en sont venus à croire qu’il y a quelque chose de profondément « croche » dans les effarantes inégalités dans nos sociétés. Je ne pense pas que quiconque doit avoir un plan complet et étoffé de solutions avant d’exprimer ses préoccupations. Bien au contraire, reconnaître que « ça ne tourne pas rond » est la première étape, incontournable, pour envisager tout changement.
La déclaration de l’Église Unie de 1997, Prendre soin de la Création * [Mending the World] nous invite à « œuvrer en partenariat avec tous ceux et celles qui recherchent la santé et le bien-être de toute la création ». En cela, les membres de l’Église Unie qui veulent en savoir davantage sur ce mouvement sont assurément encouragés de le faire. Rendez-vous sur les sites occupés et apprenez directement de la bouche des gens qui y sont les préoccupations qui les motivent.
Si vous y retrouvez des gens qui recherchent la justice et la promesse d’une vie abondante pour tout le monde, alors voyez comment vous pouvez aider.
Au moment où j’écris ces mots, je me retrouve à bord du train entre Chatham et Windsor pour conclure ma visite officielle des Synodes d’Hamilton et de London. Je suis profondément émue en voyant tous ces membres et leaders de l’Église Unie impliqués à l a base, dans ces efforts communautaires pour rechercher la justice et participer à la guérison divine et aux soins de la Création en vue d’une vie abondante pour tout le monde. Le mouvement d’occupation est une autre expression de notre espoir.
Peut-être pourrions-nous dire que l’espérance chrétienne nous occupe tout autant que nous l’occupons.
* Les versions françaises des documents mentionnés ne sont pas disponibles pour l’instant en ligne. Veuillez communiquer avec le bureau des Ministères en français pour en obtenir une copie numérisée gratuite.
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